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De la musique avant toute chose [Paul Verlaine]

 

Rone – Beast

Rone est à nouveau une des perles françaises de la musique électronique. Sa musique est à la fois déconcertante et chargée en émotion. Pour une fois je vais mettre le lecteur après mon article, comme une conclusion. Enjoy!

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Fascination

Aujourd’hui, je vais être ambitieux, je vais m’attaquer à question d’envergure: comment puis-je profiter au mieux de cette brève étincelle que représente mon temps de vie sur Terre?

La question est pertinente tout de même! Mais sous quel angle appréhender le problème? Par où commencer? On peut remarquer que très souvent la méthode choisie est celle qui nous permettra de conclure sur ce qui nous arrange… Dans mon cas je choisis la question en sachant très bien de quoi je veux parler, comme pour mettre en exergue une problématique à un raisonnement. Du coup je triche un peu, mais en écrivant peut-être que je vais voir que mon raisonnement se mord la queue.

Bref! 1ère étape: Qu’est-ce qui nous défini?

Partons d’une observation toute simple: je vois, je perçois et je ressens le monde qui m’entoure, et j’ai d’ailleurs la possibilité d’agir sur lui, précisément en conséquence. Or, depuis ma naissance, cette perception m’a amené à distinguer un nombre incroyable de « règles »: à force de chercher à comprendre cet environnement, j’ai établi des schémas, des mécanismes, des processus, automatisé certaines tâches, et quand je perçois désormais ce qui m’entoure, de moins en moins de choses me paraissent absurdes, car pour moi, « c’est comme ça que ça se passe ».  Désormais, dans la plupart des situations, je sais à quoi m’attendre, et ainsi s’est établi un paradigme qui évolue sans cesse.

Cependant, malgré des sensibilités divergentes, nous avons tous une base commune de perception: la planète Terre, où les règles sont à peu près identiques pour tous. Il y a d’ores-et-déjà des règles physiques communes au vivant. On a besoin d’air, de nourriture, notre corps suit un schéma global d’évolution au cours d’une vie etc. C’est ça notre base commune de perception, et il est par exemple difficile d’envisager une personne qui marcherait sur un mur vertical dans la rue, car nous avons intégré certaines règles, et empiriquement rien ne nous a amené à tenter de réfuter ces règles (si tant est que l’on puisse toutes les réfuter!). Pour le reste, nous avons des représentations qui sont toutes construites à partir d’une base plus ou moins commune. En effet, la base sera d’autant plus commune entre deux personnes de la même époque, vivant dans une même culture, une même catégorie sociale, du même âge etc. C’est ici que vient s’immiscer le mélange complexe entre unicité et singularité.

Car cela semble évident, entre un pêcheur breton qui travaille avant que le soleil se lève, un chef d’entreprise, un enfant de 6 ans, une rock star, ou un policier, cette vision de ce monde ne peut être que sensiblement différente. Nous nous sommes construits comme une réponse à ce que nous vivons, et ainsi de fait, on peut dire que nous vivons tous dans des mondes différents, car nous ne pouvons pas percevoir ce monde dans son intégralité. C’est désolant d’ailleurs: nous sommes limités à vivre de ce monde que ce que nous en voyons.

Mais tout ceci n’est que matière à notre esprit! Celui-ci évolue parallèlement en fonction des émotions que nous vivons. Parallèlement, car les deux sont indissociables. Je ne peux pas être défini uniquement par les schémas que j’ai établi vis-à-vis de ce que j’ai perçu, et je ne peux pas non plus être défini uniquement par la somme des émotions que j’ai ressenti. L’un ne va pas sans l’autre. Ce que nous sommes, ce qui nous définis, c’est notre passé, autrement dit le lien intime entre ce que nous avons vu tout au long de notre vie, et les émotions qui y ont été associées.

Selon moi, ce couple paradigme/émotions est ce qui nous défini le plus intimement. Ce sont les deux faces d’une même pièce. Ce qu’on a vécu, et la manière dont on l’a vécu explique selon moi nos désirs, nos actes, notre personnalité et notre caractère, c’est-à-dire encore une fois la réponse que nous formulons à notre passé. Dans un premier temps on subit, dans un second on réagit, et ce de manière perpétuelle et continue.

Il est donc possible de résumer les choses ainsi: nous avons tous notre perception du monde (c’est-à-dire une façon précise et propre à chacun d’expliquer tous les détails complexes de ce que nos sens nous transmettent) et celle-ci peut être plus ou moins similaire à un autre selon les bases communes que nous avons. Cependant ces bases ne font pas tout, car les émotions associées à notre vécu influent directement sur notre perception, et réciproquement ce que nous avons pu vivre a façonné notre ressenti. La question qui se pose alors est celle de notre marge de manœuvre: toujours dans l’optique de répondre à la question initiale, de quelle manière puis-je agir sur ce que je viens de détailler, et dans quelle mesure?

 

2ème étape: Sur quoi et de quelle manière pouvons-nous avoir de l’influence?

Cette question est assez frustrante, car on réalise rapidement l’immense part de notre vie dont nous ne sommes pas maîtres. Eh oui, je n’ai pas décidé où je suis né, ni à quelle époque, dans quel pays, dans quelle famille, et de même, les codes sociaux, la norme, et pour ainsi dire le tout le « fonctionnement du monde » ne sont pas des choix de ma part. Par ailleurs, notre empathie étant tellement limitée, je ne peux qu’entrevoir « le monde des autres », ils peuvent m’en parler, me décrire leurs expériences avec détail, mais je ne percevrai jamais le monde des autres d’un autre œil que le mien.

Cependant, ce sont des limites qui sont propres à tous, alors il faut aller plus loin que ça, en prenant pour base la volonté d’avoir une influence sur l’évolution de mon paradigme et de mes émotions.

J’en viens maintenant à un point fondamental, il touche à la définition même de ce qu’est une émotion. Considérez ce fait tout simple: une émotion n’existe qu’à partir d’une rupture. Plus précisément, chaque nouvelle émotion que l’on peut ressentir s’impose d’elle-même lorsqu’intervient une perturbation dans le continuum des événements. La peur, l’euphorie, la colère, ou encore la pitié, chaque sentiment se fait ressentir lorsqu’il se passe quelque chose, lorsqu’un trouble intervient dans la platitude précédente. C’est comme si notre esprit se représentait comme la surface de l’eau, qui reste calme jusqu’au caillou qui vient perturber le milieu, et qui engendre des ondes qui au bout d’un certain temps vont s’estomper. Ce trouble, cette rupture, peut prendre toute sorte de forme: il peut s’agir de la vision d’une image tragique, de la douleur physique, de l’écoute d’une mélodie enivrante, d’une parole blessante, ou du simple fait de penser à un souvenir très personnel. Chacun de ces troubles est un petit caillou qui vient perturber l’esprit. Dès lors, si je cherche à agir sur mes émotions, si je cherche à ressentir, si je veux une vie remplie d’émotions, je dois me mettre dans des situations propices à cette rupture, à ces perturbations.

Toujours en parallèle à ça, si je cherche à faire évoluer mon paradigme, il est nécessaire que je me place dans des situations que je n’ai jamais vécu, ou tout du moins qui s’apparentent le moins possible à des situations déjà vécues. En effet, vivre dans l’habitude, dans la routine, me permettra d’autant moins d’élargir mon champ de vision, et je resterai cloisonné dans ma vision actuelle du monde. Mais vivre de nouvelles situations ouvrent l’esprit, et permettent une compréhension plus pertinente de ce qui nous entoure.

C’est pour moi une approche d’une importance cruciale car, et ce n’est que mon avis, je reste convaincu que de part notre présence infiniment courte en tant que vivant, nous ne vivons que pour l’émotion. Et ceci est valable pour tout. Certains diront par exemple qu’ils ne vivent que pour la compréhension, mais selon moi en premier abord ce qui nous intéresse c’est le sentiment que nous procure la compréhension. C’est la même chose dans l’altruisme, et encore plus dans l’épicurisme. La raison pour laquelle je considère chaque nouvelle émotion, quelle qu’elle soit, comme pertinente et supplétive, sera l’objet d’un prochain article.

3ème étape: et dans la pratique?

A partir de ces conclusions, je ne peux que chercher, toute ma vie, à me placer le plus possible dans des situations nouvelles et vectrices d’émotions, c’est-à-dire partir à l’aventure sous toute ses formes. N’avoir que pour seul but la découverte, et aiguiser ma curiosité au comble du possible.

L’une des principales approche reste l’Art, qui est par essence même vecteur d’émotions. Mais l’Art prend un nombre de formes infini: que ce soit du cinéma, de la gastronomie, de la peinture, de la danse, de la sculpture, ou toute autre forme d’Art moins répandue. Et le plus grand avantage de l’Art, c’est qu’il s’agit d’émotions partagées, et par conséquent démultipliées. Pensez à une salle de concert, où tout le monde se réunit pour ressentir. Il y a alors une connexion intime entre nos esprits. Mais tous les aspects de notre vie peuvent être dirigés vers le nouveau perpétuel, vers la rupture constante. Autrement dit tout peut-être vecteur d’émotion. Alors n’ayons pas peur. Ouvrons notre champ de perception. Échangeons. Vivons nos passions, qui par définition sont nos vecteurs d’émotion privilégiés. Accumulons les voyages. Explorons la défonce. Livrons nous au sexe. Brisons les règles et les codes, prenons des risques. L’habitude, c’est la recherche de sécurité. Mais elle ne peut qu’étouffer notre capacité à vivre. Le vécu, lui, se fait dans l’instant. Vivre, c’est fermer les yeux quelques secondes en faisant du vélo, et sentir l’adrénaline monter exponentiellement à chaque seconde. Vivre, ce n’est pas boulot/métro/dodo. C’est même une insulte à la déontologie de l’être vivant. Il est absolument absurde de devoir se libérer pour « prendre le temps de vivre ». Vivre, c’est chercher l’émotion présente dans chaque nouvel instant, comme lorsque l’on écoute une mélodie somptueuse, où chaque note n’est là qu’un infime instant, avant de s’envoler dans l’infini du néant. Mais tant qu’elle est là, nous lui donnons du sens, et du ressenti. Nous ne vivons que pour être déstabilisé.

A cela, il me parait encore une fois absurde de qualifier ce type de comportement d’utopique. Il s’agit d’un argument de facilité qui ne peut diriger que vers la routine, autrement dit vers la neurasthénie la plus méprisante. Ce type de comportement reste selon moi essentiel. Ce n’est pas chercher à être ouvert, c’est chercher l’ouverture elle-même. C’est s’offrir à une nouvelle musique dès la première écoute, en cherchant à être surpris, et ne pas se braquer au rejet d’un élément étranger. Par conséquent, c’est avoir comme but la destruction jusqu’au plus infime des mécanismes d’autodéfense face à la déstabilisation.

C’est là où on peut entrevoir le sens que donnent certaines personnes à leur vie en choisissant une vie nomade. Mais la société veut nous rendre sédentaires, nous fait accumuler les responsabilités et les leviers d’immobilisation.

En résumé, nous ne sommes qu’un microscopique grain de sable sur une plage infinie, et la découverte semble être la seule réponse. Alors, ne soyons pas obsédés par la sécurité, partons à l’aventure, de telle sorte que sur notre lit de mort on puisse avoir la satisfaction d’avoir donné un sens à chacun des instants que l’on a vécu.

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Par thetravel
Le 31 juillet 2015
A 18 h 48 min
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